Un salarié souriant est-il moins crédible ?

J’entends souvent cette phrase : « je suis souriant.e au travail, mais on me le reproche souvent. » Et oui, en entreprise, le sourire n’a pas forcément bonne réputation ! Pas d’inquiétude, ce n’est pas nouveau. En fait, beaucoup s’imaginent que pour être, et paraître sérieux, il est impératif d’avoir le visage qui va avec : sérieux, fermé, pour ne pas dire austère.

Alors qu’en est-il ? Un salarié qui a du matin au soir un sourire accroché aux lèvres est-il nécessairement naïf, trop gentil et peu crédible ? Faut-il vraiment s’inspirer de Dark Vador ou de Voldemort pour avoir un semblant de crédibilité professionnelle ?

Analysons les trois principaux reproches fait aux « serial-sourieurs ! ».

1- Trop naïf ?

C’est étrange ce lien fait entre ne pas sourire et être capable d’analyser une situation de façon objective, mesurée dans tout ce qu’elle a de positif et de négatif. En fait, derrière la naïveté se cache le concept de manque d’objectivité… le côté Bisounours en quelques sortes.

Ok… supposons qu’une personne souriante voit toujours l’aspect positif des choses et minimise les aspects négatifs, ce qui est probable dans l’absolu. Cela signifie donc qu’une personne qui ne sourit jamais fait exactement l’inverse et va maximiser les aspects négatifs.

Imaginons que vous soyez en train de vous noyer. Je sais, joyeuse situation, mais j’aime bien utiliser celle-ci car du fait de son extrémité, elle est parlante. Mieux vaut-il ne considérer que les aspects négatifs et vous inquiéter de votre mort probable, ou bien vous réjouir du fait que vous êtes encore en vie et qu’il reste donc un espoir ?

Quelqu’un de souriant n’est pas naïf, il regarde juste systématiquement le verre à moitié plein, rien de plus.

 

LE CONSEIL SI VOUS SOURIEZ : affirmez votre posture, surtout dans des crises que vous auriez à gérer. Les personnes qui travaillent avec vous apprécierons grandement que vous restiez calme et souriant si vous verbalisez le fait que vous êtes conscient.e du danger encouru. Personnellement, en cas de turbulence, je préfère un pilote d’avion qui reste calme plutôt qu’un qui hurlerait « on va tous mourriiiiiir « au micro », non ?

2- Trop gentil ?

C’est bien connu, quelqu’un qui sourit tout le temps est forcément quelqu’un de gentil, dans tout ce que ce mot peut contenir de connotations négatives dans la langue française quand on l’applique à un adulte. Gentil… c’est un petit peu être « con con »… Aaaaah, il est bien gentil celui-là, voilà le genre de phrase que l’on peut entendre. Et oui, souvent, les gens souriants sont gentils, mais cela ne signifie en aucun cas qu’ils soient incapables de prendre des décisions difficiles, parfois impopulaires. Le monde de l’entreprise a développé depuis les années 80 (oui oui, au siècle dernier), une sorte de culte au salarié froid, sans émotion, dur, culte largement amplifié dans les films, séries ou même dans la vraie vie, notamment en France où le chômage de masse a fait des ravages. Mais tous ces paradigmes ont changé avec la pandémie. De façon définitive ? Bien malin la personne qui pourrait l’affirmer, comme je l’écrivais dans mon article Pourquoi l’intelligence émotionnelle est devenue plus importante que l’intelligence cognitive.

 

Nous sommes au milieu d’une période particulièrement anxiogène, pour toutes et tous. Contrairement à la crise financière de 2008 qui a touché principalement les classes populaires (que je déteste cette expression), la crise COVID touche tout le monde sans aucune distinction de revenus, de couleur de peau, d’orientation sexuelle ou de religion… cela force à une certaine humilité. Le besoin de gentillesse se fait plus fort quand le stress est à son maximum… qui voudrait que son collègue ou son manager ajoute un stress additionnel au stress qui est déjà le nôtre.

LE CONSEIL SI VOUS SOURIEZ : revendiquez votre gentillesse, y compris dans des gestions de crise. Utilisez de temps à autre cette phrase (sauf si vous êtes pompier ou médecin bien entendu) « tu sais, si je souris au travail, c’est parce que je ne sauve pas de vies tous les jours, donc au final, tout va bien, non ? »

“Je connais un moyen de ne pas vieillir : c’est d’accueillir les années comme elles viennent et avec le sourire… un sourire, c’est toujours jeune.” Pierre Dac

 

3- Pas crédible ?

Et oui, cela est lié au point précédent, le niveau de crédibilité est parfois mesuré à la capacité d’un salarié à ne jamais sourire. Et pourtant, l’un de mes premiers patrons m’a dit une phrase que je dis souvent : « on peut, on doit, être sérieux sans se prendre au sérieux ». Il faut bien comprendre la différence entre la forme et le fond !

La même phrase dite avec un sourire ou en tirant la tronche (ie le même fond) ,n’aura pas le même impact du fait de la différence de forme :

  • En tirant la tronche : vous générez, au pire, du stress chez vos interlocuteurs, et, au mieux, si ce que vous dites n’est pas une bonne nouvelle, vous allez accentuer l’impact négatif de celle-ci, réduisant la capacité d’action et de réflexion des personnes en face de vous.
  • En souriant : vous montrez physiquement que vous croyez au fait qu’il y a une solution au problème évoqué et engagez vos interlocuteurs à réfléchir et à agir. Au lieu de fermer… vous ouvrez !

Ce qui est fondamental, c’est le fond, la forme ne dépend que de ce que vous voulez obtenir des personnes à qui vous parlez : les angoisser ou les faire progresser… la crédibilité n’a rien à voir avec cela !

 

LE CONSEIL SI VOUS SOURIEZ : si quelqu’un vous dit un jour « mais, pourquoi souris-tu tout le temps alors que la situation est désespérée », répondez-lui cela « penses-tu vraiment que le fait de faire la tronche nous aidera à trouver une solution ? Perso, je ne pense pas et je préfère être au top mentalement pour trouver une solution, c’est plus efficace, non ?

CONCLUSION

En tant qu’observateur du monde de l’entreprise, le monde est en train de changer, je le vois bien. Et, franchement, imaginez-vous en train de faire passer un entretien de recrutement. Vous recevez deux personnes très compétentes pour le job, mais l’une se comporte comme si elle avait perdu toute sa famille 5 minutes avant l’entretien et l’autre est souriante de bout en bout… qui choisirez-vous ? Avec qui avez-vous envie de partager vos pauses café, vos réunions, vos problèmes du quotidien… la réponse est vite trouvée, non ?

Oui, je crois profondément que le fait d’être souriant devrait intégrer la longue liste des soft skills qui deviennent tellement (et enfin) importante en entreprise !

Alors, je vous l’accorde, pour rester souriant, mieux vaut ne pas être stressé.e… pour connaitre votre niveau de stress, voilà un rapide test en ligne, et gratuit.

Gaël Chatelain-Berry chatelainberrygael@pb02.ascendbywix.com

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