Les travaux de Joseph Edouard LEDUC, encore cités aujourd’hui, étaient très innovants pour l’époque.


À sa retraite, Joseph Edouard LEDUC a encadré, dans l’ordre, les masques qui ont obtenu un brevet pendant sa carrière. Si le masque s’est ajouté au quotidien de millions de personnes depuis le début de la pandémie, plusieurs seront étonnés d’apprendre qu’un Montréalais figure parmi les pionniers, ayant obtenu un premier brevet pour ce type de protection il y aura bientôt un siècle.

Joseph Edouard LEDUC et son épouse Margaret posent avec leur petit-fils, Claude. L’inventeur a eu trois enfants et quatre petits-enfants. Le 8 juin 1920, Joseph Edouard LEDUC faisait breveter un premier masque usiné, doublé d’un filtre. Le couvre-visage, qui était conçu à base de cellulose (une matière qui s’apparente à du plastique), était bourré de ouate et s’attachait derrière les oreilles à l’aide de deux sangles en tissu.

Son premier masque breveté en 1920 était conçu à base de cellulose et rempli de coton. Les pièces avaient été découpées grâce à de la machinerie lourde. Initialement, il avait été conçu pour les barbiers. Encore cité dans les brevets modernes, son prototype semble être un des ancêtres des fameux masques N95 tant recherchés dans les milieux médicaux actuellement pour faire face à la COVID-19.

Breveté en 1925, ce masque en papier est l’un des ancêtres du masque jetable. La façon dont l’idée a germé dans l’esprit de l’inventeur est pour le moins amusante, selon ce que raconte son petit-fils.

Ce prototype, qui correspond au sixième sur le tableau, était fait en métal, avec des filtres de coton à l’intérieur. D’abord pour les barbiers « La fumée secondaire a sauvé des vies ! » s’est exclamé au téléphone Edouard Jean LEDUC-GUERIN pour introduire l’histoire de son grand-père.

Edouard Jean LEDUC-GUERIN. Petit-fils En effet, un jour de 1919, l’inventeur se trouvait chez son barbier tandis qu’un homme assis près de lui fumait un « gros cigare atroce » à l’intérieur, raconte-t-il. Incommodé par l’odeur, le jeune homme âgé de 21 ans à l’époque s’est mis à imaginer un petit masque comme ceux que portaient les soldats durant la Première Guerre mondiale, mais qui se glisserait aisément dans la poche d’un pantalon.

Sur son premier brevet, obtenu en 1920, ce n’est pas un chirurgien que M. LEDUC a voulu représenter, mais bien un barbier en plein travail. « Le masque était destiné à l’usage, dans cet ordre, de barbiers, de dentistes, de chirurgiens, puis pour les atmosphères nocives, explique en riant son petit-fils. Ce n’est pas un docteur qui est sur l’illustration du brevet, c’est un barbier qui rase un client et qui porte le masque. » Fier de son idée farfelue, le jeune inventeur à l’imagination débordante en aurait discuté avec un ami chirurgien à l’heure du souper, relate M. LEDUC-GUERIN.

Ce brevet, daté de 1925, présente un premier masque jetable, qui se transportait facilement dans la poche d’un pantalon. À l’époque, les médecins qui pratiquaient les chirurgies devaient porter sur le visage une sorte de rideau muni d’une fente au niveau des yeux, lui aurait alors mentionné son ami. « Il a dit que son idée n’était pas bête, en ajoutant : “Ça devient chaud, ce n’est pas confortable, on voit mal. Avoir un masque attaché après le visage, ça nous libérerait pendant les opérations” », poursuit-il. Utilisé par le Dr PENFIELD

Le logo de la compagnie JEL se voulait un symbole de protection, avec le masque de chevalier et le bouclier. C’est ainsi que sous l’emblème de sa compagnie JEL – tirée de ses initiales –, il a fait breveter plus d’une vingtaine de masques de toutes formes, en cellulose, en tissu et même en métal. « Le premier à les avoir utilisés, ce serait le Dr Wilder PENFIELD à l’Institut de neurologie de Montréal », raconte son petit-fils. Le Dr Penfield est un neurochirurgien de renom qui a fondé l’Institut neurologique de Montréal. Il est aussi l’inventeur de la « Procédure de Montréal » pour traiter l’épilepsie. Au début des années 1930, Joseph Edouard LEDUC aurait vendu son brevet à la France et à l’Allemagne, entre autres, pour les aider à combattre une épidémie qui faisait rage en Europe, selon M. LEDUC-GUERIN. Un pionnier des masques jetables Si les masques en tissu étaient déjà très communs dans les salles d’opération en 1920 pour éviter que des gouttelettes se retrouvent dans les plaies des patients, les propositions de LeDuc étaient plutôt inhabituelles et innovantes pour l’époque, croit le Dr Thomas SCHLICH du Département des études sociales de la médecine à l’Université McGill, à Montréal. Il pourrait bien avoir été l’un des premiers à proposer des masques durs et des masques en papier jetables, ajoute le professeur, même si d’autres pourraient avoir eu l’idée avant lui sans la breveter. « Ce qu’on peut dire, c’est que c’était un des premiers exemples de masques jetables, qu’il en a été un pionnier, explique-t-il. De ce que je peux voir, il a été le premier à faire breveter ce genre de masque. » Même s’il a réussi à se bâtir une petite fortune grâce à ses inventions, Joseph Edouard LEDUC était bien loin d’être motivé par l’argent, au contraire.

L’une des deux filles de l’inventeur, Estelle, a eu la polio. M. LEDUC a dépensé toute sa fortune pour payer les traitements de celle-ci. Sur la photo, elle est en compagnie de sa fille, Linda. « Il est devenu riche, mais il a dépensé toute sa fortune pour des traitements pour sa fille, ma tante Estelle, qui avait contracté la polio. Il voulait qu’elle ne perde jamais l’usage de ses jambes, soutient son petit-fils. Quand elle est décédée il y a à peu près 10 ans, elle marchait encore. C’est mon héros. » Même s’il a très peu connu son grand-père qui est décédé autour de 70 ans d’une crise cardiaque, il se souvient de lui comme d’un homme extrêmement généreux qui ne se fâchait jamais. « Il était un merveilleux grand-papa qui encourageait la créativité. Après tout, le masque est né de son sens de l’humour. L’idée de base était farfelue. C’était un homme imaginatif », se rappelle-t-il. Invention salvatrice L’ancien résident d’Outremont aimait bricoler, et c’est ce qui lui a permis de mettre de l’avant une invention qui a permis de sauver de nombreuses vies. « Non seulement par le masque lui-même, mais par tout ce que le masque a permis de faire comme recherche, en chirurgie, continue M. LEDUC-GUERIN. Et ce nombre continue d’augmenter chaque jour. » Finalement, en ces temps difficiles, il espère que l’histoire de son grand-père encouragera les Québécois à porter le masque. https://www.journaldemontreal.com/2020/05/31/un-montrealais-a-obtenu-unbrevet-pour-des-masques-il-y-a-100-ans

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